
Lors du traité de Yalta en 1945, l’Allemagne vaincue a été découpée en quatre zones d’occupation. Berlin a également été coupé en quatre, dont le secteur Est, sous contrôle des soviétiques. Le 19 mars 1948, l’URSS rompait la coopération entre les forces occupantes. De juin 1948 à mai 1949, Staline instaure le blocus de Berlin, qui ne peut plus être approvisionné que par air. En 1949 se crée la République Fédérale d’Allemagne, avec comme capitale Bonn et la République démocratique d’Allemagne avec Berlin Est comme capitale. En pleine guerre froide, c’est dans la nuit du 12 au 13 août 1961 que commence la construction du mur séparant les deux côtés de Berlin. Dans cette nuit, 14.500 membres des forces armées soviétiques bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin Ouest, et tous les moyens de transport sont interrompus. Les jours suivants, les barbelés sont remplacés par un mur en pierre et les portes et fenêtres des façades d’immeubles donnant sur le secteur Ouest sont murées. Si les soviétiques ont décidé de construire ce mur, c’est pour stopper le flot d’immigration vers l’Ouest. Entre 1949 et 1961, ce sont environ 3 millions de personnes qui fuiront le régime communiste. Les Allemands appelaient cet exode : « Voter avec ses pieds »
J’étais moi-même, avec 4 amis, de passage à Berlin en août 1964 au moment du 3° anniversaire du mur. Pour accéder à Berlin Ouest il fallait emprunter le corridor autoroutier contrôle et surveillé par l’armée soviétique. Nous avons souhaité faire un tour dans Berlin Est. Nous sommes donc passés par Charlie Checkpoint. Après deux heures de fouille intégrale des voitures, nous sommes entrés dans Berlin Est. Nous nous sommes promenés quelques heures en ville et avons ressenti une oppression formidable. Nous avons vu les habitants des immeubles servant de mur présenter un laisser passer pour entrer chez eux. Nous n’avons pas pu croiser un seul regard, car tous les passants regardaient par terre et semblaient vivre en surveillance constante. Nous avons assisté à une relève de la garde du monument aux morts par une section de soldats est-allemands marchant au pas de l’oie. L’ambiance était tellement oppressante que nous sommes repartis très vite. Sur le mur au-delà des herses de barbelés on voyait de nombreuses couronnes de fleurs posées là où des allemands de l’est avaient été abattus en tentant de passer à l’ouest. J’ai vraiment ressenti combien le communisme était une atteinte fondamentale aux droits de l’homme. Je n’ai jamais compris comment les socialistes pouvaient s’allier avec le parti communiste, qui était la négation même de la démocratie.
Et pourtant, comme l’explique Philippe Thureau-Dangin, dans son éditorial de « Courrier International » : « Soudain, un monde que l’on croyait fermé pour longtemps s’ouvre, sans répression ni bain de sang. Simplement comme un corps malade qui n’a plus la force de résister…beaucoup de petites gens regrettent la sécurité d’autrefois. Pour eux, être libéré de la police politique et pouvoir voyager à l’étranger est de peu de prix face à la précarité où ils sont réduits. Comme le dit l’essayiste Josef Haslinger, la révolution a un goût d’inachevé. » De son côté, Claude Imbert dans « Le Point » écrit : « Dans la chute du mur de Berlin, d’aucuns virent même un terminus, une fin de « l’Histoire ». Et, dans l’agonie du communisme, une humanité ralliée à l’économie de marché et, avec elle, au processus démocratique. On a quitté cette espérance. Si la chute du mur marque bien, de son fort symbolisme, la fin d’un cycle historique, elle n’annonce nullement l’apaisement de l’humanité. » Ce qui est sur c’est que grâce à la clairvoyance du président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, la transition a pu se faire en douceur. Toutefois, la réunification de l’Allemagne qui a suivi s’est faite très rapidement et a, sans aucun doute, laissé des séquelles chez certains allemands de l’Est. Il n’ya pas eu de phase de transition entre le communisme archaïque et le capitalisme débridé. Le retour du communisme serait une tragédie mondiale, mais le capitalisme sans régulation est également source de graves injustices qui servent de ferment à la violence et au terrorisme. Une fois encore, c’est dans l’humanisme que le monde peut progresser de manière harmonieuse et équitable.







