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Article de L’Union paru le jeudi 4 juin 2009 :


L’ancien journaliste et patron de Marianne est tête de liste MoDem dans le Grand Est. Jean-François Kahn a répondu mardi aux questions de notre journal.

Après 45 ans de journalisme, pourquoi vous lancer dans la politique et pourquoi au MoDem ?

« J’ai cessé le journalisme pour continuer à défendre autrement les idées qui sont les miennes depuis 30 ans. Le MoDem est la formation qui correspond le plus à ma sensibilité. Si on veut faire passer un discours neuf, inventer une autre façon de faire de la politique et une autre Europe, il est très difficile de partir d’une vieille formation. Le MoDem est une formation neuve… »

 

Le centre, pourtant, ce n’est pas très neuf…

« Certes, mais ce qui l’est, c’est une formation qui ne soit ni à gauche, ni à droite, ni même au centre mais en avant. C’est le cas du MoDem. Le type de société qui avait mis l’État au centre de tout a fait faillite il y a vingt ans. Celui qui a mis l’argent au centre de tout est en train de s’écrouler. Nous sommes devant un défi : inventer enfin une société qui met l’être humain au centre dans toutes ses dimensions individuelles et collectives. Construire ensemble un type d’alternative humaniste, voilà notre projet. Mais je récuse l’idée d’un centre situé entre la gauche et la droite. Tout simplement parce que la vérité n’est jamais au milieu. »

L’abstention risque encore d’être élevée dimanche, partout en Europe. Cela pose le problème de la citoyenneté européenne. Existe-t-elle ?

« On ne fera progresser l’Europe que si on arrive à créer un sentiment d’appartenance, un patriotisme européen. C’est pourquoi nous sommes opposés à l’entrée de la Turquie dans l’UE. L’Europe existe à travers sa culture, sa géographie, son histoire. C’est la richesse des nations qui la composent qui doit créer ce patriotisme. La Turquie est une grande nation, mais son entrée dans l’UE rendrait absolument impossible l’émergence de ce sentiment. J’ajoute que si les gens restent très critiques vis-à-vis de l’Europe, ils ne le sont plus dans le rejet mais dans l’attente. Dans le fond, ils lui reprochent de n’être pas assez présente pour les protéger. Regardez son attitude face à la crise lors du G 8. Y a-t-il eu la moindre esquisse de réforme du système financier international ? Aucune. Et pas davantage lors du G 20. Le MoDem, lui, est favorable à une taxe sur les mouvements financiers rapides, c’est-à-dire purement spéculatifs. »

Êtes-vous favorable à l’instauration d’un salaire minimum garanti européen ?

« C’est une farce. Aligné sur quel pays, la France, la Bulgarie, l’Allemagne ? »

Pour intéresser les gens à l’Europe, dans le fond, de quoi faut-il leur parler ?

« Des questions qui les intéressent. Je pense notamment aux problèmes de la sécurité et de l’immigration, deux échecs de Sarkozy. Dans ces deux domaines, tout le monde sait que la solution passe par l’Europe. Il ne faut pas en faire des arguments de politique nationale pour gagner des voix. Il devrait même y avoir sur ces deux questions un consensus national. Mais intéresser les gens, ça peut être aussi de s’entendre entre Européens pour tendre à une harmonisation fiscale, sociale, universitaire sur la base des mieux-disants. »

C’est la base d’un État fédéral…

« Je n’ai rien contre. C’est l’Europe des cercles concentriques défendue par Mitterrand : un noyau dur au centre d’une zone de libre échange renforcée et de pays associés. Ca ne signifie pas pour autant la dissolution des États nationaux. En réalité, pour paraphraser Jaurès, un peu d’Europe éloigne de la patrie mais beaucoup y ramène. Une Europe disposant d’une défense, d’une politique économique, serait une Europe dans laquelle l’originalité des Nations pourrait se déployer de façon beaucoup plus libre qu’actuellement. Or, de quoi parle-t-on ? Du vin rosé, du fromage au lait cru, ce genre de plaisanteries. On fait le pire et pas le mieux. Face aux États-Unis, l’Europe ne peut exister que si elle porte un modèle original. Si elle s’aligne sur l’Amérique, les gens n’y croient pas. »

La complexité du scrutin de liste n’ajoute-t-elle pas au désintérêt des électeurs ?

« C’est vrai, les gens n’y comprennent rien. C’est dommage parce que, grâce au scrutin proportionnel, pour une fois on peut voter pour un projet de société et non pour barrer la route à tel ou tel. On n’a pas assez expliqué cela aux gens. L’enjeu n’est pas mince. Il s’agit ni plus ni moins de choisir un projet de civilisation. Faut-il rafistoler l’ancien système, le changer ou tout faire péter ? Mais pour que les gens comprennent cela, encore fallait-il qu’il y ait débat. Au lieu de quoi, on nous a serinés en boucle que l’Europe n’intéresse personne. Le paradoxe, c’est que lorsque nous expliquons qu’elle doit être le socle d’une alternative de société, les mêmes qui nous reprochent la mollesse de la campagne, nous reprochent d’être hors sujet. »

Êtes-vous favorable à l’élection d’un président européen ?

« Absolument, oui. L’Europe doit être incarnée. Mais ça ne suffit pas. Il faut encore que la commission européenne cesse d’être une entité technocratique et bureaucratique pour devenir un véritable gouvernement responsable devant un parlement élu. »


Recueilli par Gilles GRANDPIERRE et Philippe LE CLAIRE


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