Au moment où se préparent les annonces de candidatures pour la campagne présidentielle, celle de François Bayrou sera officialisée samedi 2 décembre. S’ensuivra pour le président de l’UDF, le lendemain, une émission (”Ripostes”, France 5) en direct, qui sera assurément très suivie.
François Bayrou concrétise ce week-end l’aboutissement d’un parcours fermement axé sur le centre. Un centre dur et affirmé, contredisant l’adage d’un parti autrefois perçu comme docile, l’UDF, souvent associé à l’ex-RPR.
Le paysage politique peut donner légitimement espoir à François Bayrou, en premier, mais également à Jean-Marie Le Pen, en second. En effet, dans la lutte qui s’annonce pour le premier tour, le 22 avril prochain, l’UMP et le PS sont les deux partis qui pourraient laisser des plumes dans la compétition. Explications?
Les deux partis dits “de gouvernement” ne cessent, depuis la réélection de Jacques Chirac et les dernières élections législatives, de se copier, de se lancer des piques et de montrer que l’un peut faire mieux que l’autre. Bref, les deux partis, oubliant les véritables problèmes de société affectant les Français, ne conçoivent la politique que par un clivage binaire, simpliste et réducteur. Rappelons-nous de cette fameuse une de Paris-Match où s’affichèrent Nicolas Sarkozy et François Hollande, côte-à-côte et souriants.
UMP ou PS, les limites entre les programmes et les idées des deux partis ne sont plus perceptibles pour les Français. Preuve en est, le PS investit une femme et non un candidat. Les militants socialistes ayant voté sont unanimes : On aime les idées de Fabius ou de DSK, mais Ségolène, c’est une belle femme ! Autre preuve, l’UMP étale une unité de façade derrière un président cumulant les fonctions en vue de s’assurer un soutien total de son parti. Les idées passeront après. Les militants UMP voteront bien pour une série d’idées émanant des conventions thématiques menées par leurs cadres dirigeants. Mais Nicolas Sarkozy les a prévenu : si le choix des militants pour un programme ne le satisfait pas, le président de l’UMP fera campagne avec son propre programme !
Mais au loin se profile la colère des Français, ainsi que celle de François Bayrou. Seul Jean-Marie Le Pen rit de cette situation qui ne peut que lui être profitable comme en 2002. Revenons à François Bayrou. Critique à l’égard d’un gouvernement qui l’insatisfait au plus haut point, mais demeurant ouvert aux personnalités de droite (Michel Barnier) comme de gauche (Bernard Kouchner, DSK), le président de l’UDF ne prône pas de rupture. Bien au contraire, aux électeurs déçus de l’UMP (gaullistes, libéraux, centristes) et ceux du Parti Socialiste (jospiniens, strauss-kahniens, radicaux), François Bayrou avancent des idées et un projet de société pour les Français. Il se veut rassembleur et non piseur. Il se veut également passeur d’idées et non tribun de formules et de promesses démagogiqus à l’emporte-pièce.
Le clivage mou a beau être analysé, l’UMP et le PS continuent de s’épier. La dernière incartade a été l’écho médiatique des primaires au Parti Socialiste. En réponse, l’UMP a voulu aussi organiser des primaires. Problème, son président ne conçoit pas la primaire comme celle des socialistes, sachant qu’il appuie déjà sa légitimité dans son duel virtuel et permanent avec Jacques Chirac et Ségolène Royal. Dans cette affaire, là encore, les soucis des Français ne sont jamais pris en compte.
Pour conclure, il n’est pas hasardeux de penser que François Bayrou, par un centre dur, et Jean-Marie Le Pen, par son image de grand épouvantail institutionnalisé depuis le 21 avril 2002, soient les vainqueurs du duel stérile que se livrent l’UMP et le PS. Un duel confirmant terriblement la formule “UMPS” du président frontiste. Et par ailleurs, François Bayrou fut le seul à affronter Jean-Marie Le Pen lors d’un récent débat télévisé, sur France 2. Au final, le président du Front National dut admettre au leader centriste une certaine noblesse dans son combat pour 2007.
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