Jeudi 29 novembre 2007

François Bayrou :"Quand je pense la France, je dis : société de justice croissante, société de responsabilité partagée, société de partenariat."

 

Dans une longue interview donnée au Nouvel Observateur, daté du jeudi 29 novembre, François Bayrou détaille son projet de socièté et plaide pour une "société de justice croissante, société de responsabilité partagée, société de partenariat." Il livre aussi son analyse sur la persistance de "la collusion des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques", sur le pouvoir d'achat, les institutions ou encore le socialisme.
Interview de F.Bayrou dans le Nouvel Observateur daté du jeudi 29 novembre

Le Nouvel Observateur. – Plus de six mois après la présidentielle, que reste-t-il de vos ambitions ?

François Bayrou
. – Il ne s’agit pas d’ambitions, mais de détermination. Les Français cherchent un choix politique nouveau, une alternative réaliste et humaniste. Et ce choix politique leur est pour l’instant refusé.  Je veux construire ce choix nouveau. À la fois un projet de société et un système de valeurs. Au fond, je n’ai cessé d’être frappé – aujourd’hui encore et j’allais dire plus que jamais – par le fait que les deux propositions politiques qui tiennent le haut du pavé et qui verrouillent le régime sont inadaptées aux attentes de nos concitoyens et aux intérêts de la France.

N.O.- Toujours votre dénonciation du duopole UMP-PS!

F.Bayrou.
Si ce duopole faisait émerger des idées justes, je m’y inscrirais. Mais les deux idéologies sont régressives.

N.O.- Pourquoi?
F.Bayrou.
– Nicolas Sarkozy, pour le première fois dans l’histoire de la République, a conduit la droite française à faire un choix de société qu’elle avait toujours refusé : la glorification du modèle de société américain, celui qui domine actuellement la mondialisation. L’argent-roi, la notoriété comme fausse valeur, les citoyens regardés seulement comme des cibles de communication. Si l’on y ajoute la super-concentration des pouvoirs, on obtient là encore un retour en arrière, la vision d’une France où tout se règle au sommet, à Paris, à l’Elysée. Régression. Enfin l’alignement de la France sur Washington, version Bush tourne la page sur l’indépendance de la France, garante de l’indépendance de l’Europe.

N.O.-  Cette critique du sarkozysme n’est–elle pas aussi celle de la gauche?

F.Bayrou.
Beaucoup de Français, en leur for intérieur, partagent ces craintes. Les gaullistes, par exemple. Ils le savent, mais ne l’expriment pas.  Les réponses de la gauche et plus particulièrement du PS, ne sont pas davantage adaptées puisqu’elles découlent toutes de l’idée que la résolution des problèmes du pays, de la société, passe d’abord, avant tout et toujours par l’État. Et cela n’est ni vrai, ni juste, ni possible. L’État ne peut régir dans tous les aspects de sa vie un pays moderne, et le pourrait-il qu’il n’en a plus les moyens.

N.O.-  Mais qui vous dit que ces deux propositions politiques dominantes ne répondent pas aux aspirations profondes des Français?

F.Bayrou.-
Près de 20 % des Français ont dit lors du premier tour de l’élection présidentielle qu’ils attendaient un autre choix. De plus en plus nombreux, ils formeront un courant démocrate, nouveau, fort, cohérent et demain j’espère, majoritaire. On ne fera pas adopter à la France républicaine, avec son aspiration à l’égalité réelle, le modèle d’inégalité croissante qui domine le monde. Songez qu’aux Etats-Unis, depuis dix ans, tout le pouvoir d’achat supplémentaire est intégralement capté par le haut de la pyramide sociale. Et dans le même pays, par l’effet de la pression migratoire, le prix du travail réel a baissé pendant le même période. Je ne crois pas davantage que la France puisse avoir comme seul moteur de sa grandeur le besoin d’enrichissement individuel. Je connais les forces vives de notre pays, je connais les enseignants, les chercheurs, les créateurs culturels. Ce modèle-là, ils ne l’accepteront pas. Et personne ne s’en remettra plus à l’État tout puissant ! Quand je pense la France, je dis : société de justice croissante, société de responsabilité partagée, société de partenariat. Tout cela dessine un modèle alternatif et crédible.

N.O.- Depuis six mois, vous avez eu le temps d’observer et de réfléchir. Rien n’est venu troubler ou affiner votre diagnostic de la campagne présidentielle?

F.Bayrou.-
Pour l’essentiel, je crois que le diagnostic était juste. Un pouvoir politique, quel qu’il soit, se caractérise par son système de valeurs. Or je conteste celui qui s’est installé le 6 mai dernier avec l’élection de Nicolas Sarkozy. Cela ne signifie pas que ponctuellement – ou accidentellement ! –  il n’y ait pas eu telle décision ou telle action que j’approuve. Mais l’essentiel n’est pas là. C’est le modèle de société vers lequel il nous conduit qui est en cause. Je le craignais lorsque j’ai refusé d’appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. C’est pourquoi j’ai pris le risque de le dire, comme un acte fondateur.

N.O.- Pour vous, aucune surprise donc aucun regret?
F.Bayrou.
– S’il y a surprise, elle est dans l’excès d’un certain nombre de dérives. J’avais analysé par exemple la collusion des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques dont Nicolas Sarkozy me semblait être l’organisateur ou l’instrument. J’avoue que, pour autant, je n’avais pas imaginé la nuit du Fouquet’s, le yacht de Bolloré, le jeu de chaises musicales qui organise dans les médias, depuis quelques mois, la main mise d’un réseau de connivences sur une grande part de l’information.

N.O.- Naïveté?
F.Bayrou
. Lucidité au contraire. Mais on croit toujours que ces logiques pourront être stoppées…

N.O.- Est-ce durable?

F.Bayrou.
Un peuple, c’est une histoire, une mémoire, un inconscient. Cela ne se résume pas à des images que l’on zappe dans un poste de télévision. On croit les Français blasés ou indifférents et puis, on découvre un jour qu’ils ont tout observé, tout analysé, tout retenu. Pour l’instant, tout cela s’accumule et sédimente. Et puis un jour ce peuple, notre peuple, s’éveillera.

N.O.- C’est votre pronostic ? À quel terme ?

F.Bayrou
. – En politique comme dans la vie, c’est toujours plus long qu’on ne l’espère et plus court qu’on ne le craint.


N.O – Grèves, manifestations en tout genre, montée du mécontentement : les évènement de ces deniers jours sont-ils annonciateurs d’une crise plus forte?

F.Bayrou
. – Les promesses mirobolantes du printemps ne sont pas au rendez-vous de l’automne et ne pouvaient pas y être. C’est aussi simple que ça. Le pouvoir d’achat régresse, la croissance est aux abonnés absents, les déficits se creusent. Il y a dans notre pays un malaise qui chemine à bas bruit et qui trouvera sa vraie portée lorsque les Français découvriront qu’après avoir laissé filer la dette, le pouvoir va être contraint de serrer brutalement la ceinture.

N.O.-  Vous ne croyez pas à la capacité du PS de capitaliser cette colère?

F.Bayrou.
– Le PS, c’est un remarquable réseau d’élus qu’il faut savoir respecter. Mais ce n’est plus un espoir pour personne. Qui croit encore que le socialisme, au sens propre du mot, soit la solution aux difficultés que traverse la France? Qui imagine qu’on puisse relever notre pays dans une démarche à la fois étatique et collective ? Les trois quarts des dirigeants  du PS ne sont plus socialistes et c’est bien là leur drame. Ils récitent un catéchisme qu’ils savent hors d’âge. S’ils osaient dire ce qu’ils pensent vraiment, on aurait bien des surprises. Les fractures idéologiques s’effacent. Beaucoup de leurs électeurs, en tout cas, l’ont parfaitement compris et ce n’est qu’un début.

N.O.-  Reste qu’individuellement, ce n’est pas votre parti, le Modem qui attire les ralliements. Beaucoup de vos amis sont restés dans l’orbite de l’UMP et manifestement ce n’est pas terminé. Il suffit de voir le ralliement de Cavada…

F.Bayrou.- Les hommes sont fascinés par le pouvoir, celui qu’on leur donne, ou celui qu’on leur fait miroiter. C’est une faiblesse de plus en plus répandue, on l’a vu ces derniers mois dans nos rangs aussi bien que dans ceux du PS. Il serait pourtant vain de s’arrêter à cette cause superficielle. On croit que c’est le vent qui fait tomber les branches. On se trompe. Les branches tombent parce qu’elles sont mortes. Il faut donc chercher la cause ailleurs, en amont. En vérité, ce sont nos institutions, dans leur dérive, qui poussent à la servilité. On ne peut s’y affirmer que par le fait du prince. C’est lui qui distribue toutes les faveurs. Comment, lorsqu’on est un jeune homme ou une jeune femme politique, s’y faire entendre, se révéler, en-dehors des cercles de pouvoir, ou du premier cercle de l’opposition ? Donc, il faut abdiquer son esprit critique, apprendre à mettre ses billes sur la case d’un futur patron. Tout cela ne pousse pas à l’indépendance d’esprit.

N.O.- Votre raisonnement n’est –il pas un peu fataliste?

F.Bayrou
. Je demande simplement des institutions qui poussent au caractère, à l’indépendance d’esprit, au goût de la liberté. Autrement dit, il faut un parlement, il faut pouvoir se faire élire sur ses idées et non pas sur la soumission aux gouvernants. Il faut pouvoir résister aux grandes vagues. Si l’on ne change pas les institutions, rien ne changera. Pour satisfaire le prince dont tout dépend, il y aura toujours des faibles et des opportunistes.

N.O.- Les propositions de la commission Balladur ne desserrent-elles pas le système que vous dénoncez?

F.Bayrou
. – Je l’espérais et pour tout dire je le croyais. Mais en-dehors de quelques changements sur le fonctionnement du parlement, pour l’essentiel, c’est-à-dire le lien de dépendance du parlement par rapport à l’exécutif, aucun changement réel n’est proposé.

N.O.- Que pouvez-vous faire dans ce contexte?

F.Bayrou
.- Il faut faire lever une génération des responsables politiques au sein d’une formation dotée d’une identité claire, d’une doctrine cohérente, d’un projet de société et d’une ambition durable. C’est cela, le but du Mouvement démocrate.

N.O.- Le Modem, c’est l’UDF en mieux?
F.Bayrou.-
L’UDF ne regardait que sur sa droite et c’était son handicap. Le Modem, lui s’installe dans une position d’indépendance donc de liberté. C’est toute la différence. On le verra dès nos premiers combats qui sont municipaux. Ce ne sont pas les plus simples. Mais c’est le début d’une longue marche.

N.O.-  Rendez-vous donc à la présidentielle de 2012...
F.Bayrou.
– Non, rendez-vous tout au long de ces quatre années. Bien des événements se produiront qui donneront aux esprits libres l’occasion de se faire entendre. Même si, dans le système tel qu’il est, le vrai changement passe en effet par l’élection majeure.

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Jeudi 29 novembre 2007

Dans un entretien exclusif, Jean Arthuis, sénateur UDF de la Mayenne, Président de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation nous livre son analyse sur le climat social, la politique économique du gouvernement tout en offrant une lecture précise de la mondialisation et de ses conséquences pour la France.
Interview de Jean Arthuis

Quel regard portez-vous sur le climat social (retraites, pouvoir d’achat, EADS, prix du pétrole) de la rentrée ? D’où proviennent ces blocages que nous rencontrons ?

J.A. : Les gouvernements successifs proclament qu’ils ont deux objectifs prioritaires : lutter contre la vie chère et combattre pour le plein emploi. Il est temps d’expliquer aux Français que la mondialisation, compte tenu de nos lois et règlements, de nos prélèvements obligatoires, de nos retards à mener à bien les réformes structurelles, rend totalement incompatibles ces deux priorités. Pour défendre le pouvoir d’achat, il est commode de faire ses courses en Asie. La prime pour l’emploi crée certainement plus d’emplois hors de France que chez nous. Les blocages que nous rencontrons sont avivés par nos visions hexagonales, notre incapacité à tenir un discours de vérité face aux conservatismes et corporatismes ambiants. Toutes les gesticulations sont vaines.


La politique économique du gouvernement (le « paquet fiscal » en particulier) suscite des inquiétudes à la fois dans l’opinion publique et parmi les économistes : la politique choisie peut-elle nous permettre de retrouver la croissance ?

J.A
. : Le « paquet fiscal » transcrit dans la loi les engagements électoraux du candidat Nicolas Sarkozy. Telle est sa légitimité. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon opinion et de regretter qu’il fasse une si large place à une politique de la demande, c’est-à-dire de soutien à la consommation. Certes, les dispositions encourageant à sortir du carcan des 35 heures vont dans la bonne direction, mais on a inventé une usine à gaz pour contourner l’une des fautes majeures commises par le gouvernement issu des élections de 1997. Je doute donc de l’effectivité du TEPA ! Pour retrouver la croissance, il faut redonner de la compétitivité au travail, aux entreprises et aux territoires. Notamment financer autrement la protection sociale (fiscaliser les branches santé et famille) et redonner des marges de liberté au monde des entreprises. Mais simultanément, conduire la réforme de l’Etat, de la gestion publique, substituer une culture de performance à une culture de moyens, mettre de la lumière dans chaque pièce de la maison publique.


Sur le fond, la confrontation entre notre modèle de société et la mondialisation paraît au cœur du malaise français. Comment la réconciliation est-elle possible ?

J.A
. : En rompant avec nos propos convenus et nos discours anesthésiants. L’évocation de la mondialisation est anxiogène. C’est sans doute pour cela que les candidats à l’élection présidentielle en ont si peu parlé. Sommes-nous conscients de l’ampleur des phénomènes de délocalisation d’activités et d’emplois ? Mesurons-nous l’ampleur des moyens dont disposent désormais les pays qui nous vendent de l’énergie (pétrole et gaz) et des biens de consommation ? Ils investissent lourdement en France dans les immeubles prestigieux, les sociétés du CAC 40, nos bons du Trésor pour financer nos déficits publics ou des PME qu’ils ont tôt fait de délocaliser pour optimiser les profits. C’est en apparence gratifiant que de telles masses de capitaux s’investissent chez nous, mais elles ne créent aucun potentiel de production. Nous sommes aveugles et autistes. Il est de la responsabilité des acteurs politiques d’appeler au sursaut, au réveil, à la fin de la démagogie. C’est une affaire de volonté, de lucidité et de courage. Puisse notre famille politique enfin aider à déclencher cette nécessaire réconciliation.

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Samedi 17 novembre 2007

François Bayrou a annoncé vendredi 16 novembre, à Pau, qu'il sera candidat aux élections municipales de mars 2008 dans cette ville. Ayant enchaîné les "réunions de quartier", depuis plusieurs semaines dans la capitale du Béarn, la candidature de M. Bayrou ne faisait plus de doute dans cette ville où il était arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, avec 30 % des voix. 

Une première fois en 1989, François Bayrou avait brigué la mairie de Pau, détenue depuis 1971 par les socialistes. Mais il avait été battu au second tour par André Labarrère, ancien ministre et figure éminente de la ville et du PS.

Mais le prinicipe de l'ouverture séduit aussi à gauche. Son principal adversaire, l'actuel maire socialiste Yves Urieta, a rencontré le mois dernier Nicolas Sarkozy et pourrait rejoindre une liste d'"ouverture" UMP-PS. Mais au sein même de sa formation politique, M. Urieta est concurrencé par une proche de François Hollande, la députée Martine Lignières-Cassou, désignée par la section de Pau pour conduire la liste socialiste aux municipales 2008.




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Jeudi 15 novembre 2007

François Bayrou a été reçu par le chef de l'Etat dans le cadre des consultations concernant le traité européen, un traité qu'il votera mais qui ne suscite "pas d'enthousiasme".                         En marge de cette rencontre, le président de l'UDF-Mouvement Démocrate a livré son sentiment sur la grève dans les transports, à EDF et GDF et sur le climat sociale en général : "Quand on est en situation de crise, on n'en sort (...), après épreuve de force plus ou moins long, qu'en s'asseyant autour de la table" ajoutant que : "même au début d'une crise, il faut penser à la manière dont on en sortira et à ce qu'on dira quand on sera assis autour d'une table."        
François Bayrou a estimé que : "Le gouvernement a intégré l'idée d'une épreuve de force. Tout le monde sait que la réforme des régimes spéciaux est nécessaire, pas seulement pour des raisons de comptabilité, mais aussi d'équité. En même temps, ce ne sont pas des privilégiés. Ils avaient ça dans leur contrat de travail. Il faut prendre en compte ces deux aspects des choses"

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Jeudi 15 novembre 2007

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